Tous ces trucs dont tout le monde dit du bien…

Personne ne m’a demandé mon avis ; le voilà quand même.

Note : cet article n’a pas pour objectif de vous convaincre que les produits et méthodes citées sont mauvais. Je veux simplement donner un autre point de vue que les commentaires élogieux qu’on lit habituellement partout sur l’Internet vert, histoire de réajuster la balance.
L’auteur a un point de vue (forcément subjectif) d’Europe de l’ouest.

perlimpinpin


Sommaire
  • Les actifs cosmétiques
  • Le bicarbonate de sodium
  • Le gel d’aloe vera
  • Le henné
  • L’huile de coco
  • Les huiles essentielles
  • Les poudres ayurvédiques
  • Le test de porosité

Les actifs cosmétiques

Je les résumerais en quelques mots : pratiques mais chers et pas nécessaires. Les « tambouilleuses » (généralement ce sont des femmes) en consomment beaucoup pour fabriquer leurs « tambouilles » (une tambouille désigne ici une préparation maison, comme une crème hydratante DIY par exemple) qui n’ont rien à envier aux produits industriels.
Je suis plutôt dans le camp de la simplicité. Je cherche à me passer le plus possible des ingrédients qui ne sont pas multi-usages, dont je ne me servirais pas assez pour les terminer et qui me donneraient encore plus de déchets inutiles (sachets, flacons, pots…).

Le bicarbonate de sodium

Dans l’univers du soin des cheveux au naturel, il est un ingrédient qui a trop bonne réputation à mon goût : le bicarbonate de soude. Grâce à un article de la célèbre blogueuse Antigone XXI, beaucoup de personnes ont arrêté les shampooings, passant à une méthode de lavage « no poo ». Un reportage de l’émission On n’est plus des pigeons intitulé « Certains shampooings sont-ils dangereux ? » a également aidé à populariser cette méthode. Ce que beaucoup oublient, c’est que le bicarbonate de soude, qu’il soit de qualité alimentaire ou pharmaceutique (le bicarbonate de soude « ménager » est à proscrire en l’occurrence), est un produit irritant. Même dilué, il agresse le cuir chevelu et les cheveux. Combien de personnes ont adoré leur chevelure légère, dégraissée (décapée) grâce au bicarbonate… pour finir par se retrouver avec des pellicules et des cheveux secs et cassants ?
Je déconseille son utilisation plus d’une fois par mois. Je pense que l’usage du bicarbonate de soude devrait être réservé au gommage et à la clarification (« nettoyage de printemps » du cuir chevelu et des cheveux, en cas de besoin).
Je n’utilise pas de bicarbonate de soude dans mes cheveux, je m’en sers comme produit nettoyant pour décaper mon four, déboucher mon évier…

Le gel d’aloe vera

S’il est pur ou presque, c’est un bon produit (il faut lire la liste des ingrédients INCI), personne ne le nie ; mais à moins d’avoir un aloès des Barbades chez soi et d’en couper les feuilles, ça reste un ingrédient onéreux (surtout selon la consommation qu’on en fait). On peut utiliser du jus d’aloe vera, bien moins cher.
On peut aussi utiliser un substitut méconnu : le mucilage de graines de lin (ou gel de graines de lin) ! Le mucilage est à faire soi-même, avec des graines de lin et de l’eau ; il y a plusieurs méthodes : à chaud (quelques minutes) ou à froid (une nuit).

Le henné

Le henné se présente sous la forme d’une poudre de plante dont on se sert pour gainer et éventuellement colorer la fibre capillaire. Le henné neutre (cassia obovata ou cassia italica) ne colore que très légèrement les cheveux (la chose n’est visible que sur des cheveux très clairs). Le henné naturel (lawsonia inermis) enrobe les cheveux d’un film roux. Comme toutes les poudres, le henné est asséchant. Une coloration végétale, contrairement à une coloration chimique classique, ne modifie pas la couleur du cheveu en lui-même : la coloration vient de la pellicule de henné à la surface de la fibre capillaire. Ainsi, le henné ne peut pas éclaircir les cheveux et n’apportera que des reflets aux cheveux les plus foncés.
Il faut savoir qu’après une ou deux applications colorantes, il n’y a pas de retour en arrière : si on veut changer de couleur de cheveux, il faudra soit appliquer une autre coloration végétale plus foncée, contenant du henné et une autre poudre tinctoriale, soit couper la longueur colorée et/ou attendre que les cheveux repoussent. On peut aussi colorer ses cheveux avec une coloration par oxydation classique à condition que le henné utilisé ne contînt pas de picramate de sodium (noté « sodium picramate » dans la liste d’ingrédients). Une coloration végétale contenant de l’indigo (indigofera tinctoria) suivie d’une décoloration (ou d’une coloration plus claire) par oxydation donne souvent des cheveux verts. Il est possible de faire dégorger petit à petit un henné si l’on est armé d’une patience infinie. Selon moi, la méthode la plus simple consiste à appliquer de l’huile d’olive ou de l’huile de pépins de raisin sur les cheveux (il faut laisser poser ce bain d’huile au moins une douzaine d’heures). D’autres recettes sont à base de lait de coco, de miel et d’argile. Bien sûr, quelle que soit la méthode choisie (je conseille de les alterner), rien ne change le fait qu’il faut des dizaines d’applications et qu’il n’y a aucune garantie d’élimination totale du henné.
Le henné est vanté partout comme un soin des cheveux car il les fait briller, leur donne du volume… pourtant, chaque application assèche les cheveux et nuit à la capacité d’absorption des nutriments (par les cheveux) qui seront apportés par les soins ultérieurs. Ainsi, il convient de ne pas abuser du henné, au risque sinon d’en saturer les cheveux : une application par mois suffit amplement (deux par mois maximum).

L’huile de coco

Premièrement, les cocotiers poussent à l’autre bout de la planète, ce qui confère à l’huile de coco une empreinte carbone absolument honteuse pour un produit souvent conseillé dans les communautés « écolo ». Deuxièmement, elle est parfois le résultat d’une exploitation animale (en effet, dans certains endroits, on utilise des singes pour récolter les noix de coco). Troisièmement, contrairement à une croyance véhiculée sur l’Internet, elle ne convient pas à tous les cheveux : certaines personnes se sont retrouvées avec des cheveux très secs à la suite d’un bain d’huile de coco (cela pourrait être dû à son taux important d’acide laurique). Quatrièmement, l’huile de coco devient à la mode ; cela incite les industriels à en augmenter la production, ce qui n’est pas sans conséquence sur l’environnement. Cinquièmement, c’est une huile très comédogène qu’il convient d’éviter sur la peau (donc y compris le cuir chevelu !), surtout si on a la peau grasse.
Sixièmement, tout un chacun devrait d’abord se renseigner sur les huiles végétales « locales » (c’est-à-dire produites dans son pays voire sur son continent) avant d’aller chercher des huiles exotiques qui ne seraient pas forcément plus efficaces.

Les huiles essentielles

Les huiles essentielles sont des extraits de plante très concentrés. Ce sont des médicaments, pas de vulgaires parfums. Or, trop de personnes utilisent les huiles essentielles pour leur odeur (alors qu’il existe des fragrances pour cela), gaspillant ces trésors de la nature et mettant potentiellement leur santé en danger. Certaines huiles essentielles sont
irritantes : risque de réaction cutanée (exemples : citron, ylang-ylang, cèdre de l’Atlas, etc.) ;
photosensibilisantes : risque important de brûlure en cas d’exposition au soleil (exemples : citron, pamplemousse, etc.) ;
dermocaustiques : risque important de peau « rongée » par l’huile essentielle (exemples : cannelle, pamplemousse, etc.) ;
allergènes : risque d’allergie à l’un ou plusieurs des composants actifs de l’huile essentielle (toutes les huiles essentielles sont potentiellement allergènes…) ;
– voire de vilains perturbateurs endocriniens : risque de perturbation des hormones dans le corps (exemples : lavande, arbre à thé (tea-tree), cèdre de l’Atlas, etc.).
L’utilisation d’une huile essentielle doit toujours être nourrie d’une collecte d’informations en amont sur les propriétés de cette huile essentielle et les précautions nécessaires.
Pour plus d’informations sur les huiles essentielles, lire cet article.

Les poudres ayurvédiques

Leur popularité récente et grandissante est du pain béni pour les boutiques comme Aroma-Zone (petite catastrophe écologique incroyable). On lit une « fiche technique », ça a l’air formidable, on achète. Or, l’ayurvéda, c’est un peu plus complexe, forcément. L’ayurvéda est une médecine traditionnelle indienne. Très grossièrement, les trois doshas que sont Vāta, Pitta et Kapha doivent être équilibrés pour le bien-être mental et physique de chacun. Chaque individu a une prakriti différente (la prakriti est le mélange des trois doshas) et doit donc avoir un style de vie personnalisé pour l’équilibrer ou maintenir son équilibre (alimentation, temps de repos, activités, etc.). Les plantes ayurvédiques sont utilisées pour influencer les doshas.
À noter : les plantes ayurvédiques qui sont traditionnellement utilisées en ayurvéda sont forcément exotiques… ce qui signifie une empreinte écologique non négligeable. Se pose la question de la production et de l’exportation : quelles sont leurs conséquences sur l’environnement ? Les bienfaits des poudres ayurvédiques ne pourraient-ils pas trouver leur source dans des poudres de plantes européennes également ?
La phytothérapie (l’art de soigner par les plantes) est un art ancestral que l’on connaissait jadis dans nos contrées et qui hélas s’est perdu aujourd’hui. La nature regorge de plantes médicinales fort utiles que plus personne ne connaît ou dont on a oublié les propriétés. À défaut d’une balade en forêt, les citadins peuvent pousser la porte d’une herboristerie pour demander conseil sur les plantes locales…

Le test de porosité

Popularisé sur divers groupes facebook®, le test de porosité (présenté comme « LE » truc le plus important à faire au début) est une fumisterie. Il consiste à faire tremper dans un verre d’eau une petite quantité de cheveux ; la légende veut qu’ils flottent s’ils sont peu poreux et qu’ils plongent au fond du verre s’ils sont poreux. (Souvent, les cheveux restent à la surface de l’eau… car ils sont portés par de nombreuses micro-bulles d’air.) La légende raconte aussi que les cheveux poreux « aiment l’huile » et doivent être « nourris et hydratés » alors que les cheveux non poreux « n’aiment pas l’huile » et doivent juste être « hydratés ». SAUF QUE dans la réalité véritable (dans le vrai monde réel, si vous préférez), ce n’est pas dichotomique (dichotomie n. f. opposition entre deux éléments). Les soins dits « hydratants » (tout et n’importe quoi) apportent des nutriments et nourrissent donc les tissus autant que les soins dits « nourrissants » (huiles végétales et autres trucs gras). Les « cheveux peu poreux » qui soi-disant « n’aiment pas l’huile » n’ont généralement jamais essayé d’en appliquer un correctement, c’est-à-dire avec parcimonie.
La porosité des cheveux est une caractéristique à prendre en compte mais elle ne définit pas l’alpha et l’oméga du cheveu. Le test que je conseille est très rapide et ne nécessite aucun verre d’eau : il suffit de prendre une petite mèche de cheveux, de l’étirer doucement puis de la passer entre les doigts en remontant (des pointes vers les racines). Une fibre capillaire très lisse (les doigts glissent dessus sans aucun mal) indique une faible porosité ; au contraire, beaucoup d’irrégularités sur la fibre indiquent une forte porosité. Le test de porosité donne un indice sur l’état de la cuticule (partie externe) du cheveu sans passer ce dernier au microscope. Le test de porosité ne définit pas précisément quels soins seront les plus efficaces : chaque personne est différente et ses cheveux peuvent donc réagir différemment. Par ailleurs, la porosité d’un même et unique cheveu peut varier sur sa longueur… Conclusion : rien ne peut mieux vous orienter dans le choix des soins que votre propre expérience. Il faut essayer un ingrédient pour savoir s’il vous convient ; il ne faut pas hésiter à réitérer l’essai (qu’il ait été positif ou pas la première fois) de temps en temps car les « goûts » des cheveux peuvent évoluer selon votre routine, la saison, etc.


Quelques références
– Silk & Stone, Removing henna and herbal hair dye from your hair
– Oleaessence en Luberon, Mon huile végétale, non comédogène ou pas ?
– Cheveux d’O, Des huiles essentielles et des cheveux (partie 1/2)
– Miss Petits Produits, Aroma-Zone je te quitte : lettre ouverte
– Deepak Chopra, Santé parfaite, 2000, éditions J’ai lu, 474 pages
– John Halal, Hair Structure and Chemistry Simplified, 2001, éditions Milady, 284 pages


 

8 commentaires

  1. Coucou 😀
    Merci pour le test de porosité, grâce à toi j’en sais un peu plus à présent 😀 Je suis d’accord avec toi pour les préparations faits maison. J’essaye à chaque fois de préparer une recette de cosmétique avec des ingrédients que j’ai déjà dans mon placard, si la recette devient trop compliquée et demande un ingrédient utilisable pour un usage, je trouve une autre alternative 😀
    Passe une agréable journée et à bientôt

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  2. Merci pour cet article ! J’essaie de ne plus utiliser d’HE pour tout et n’importe quoi (ce que j’avais tendance à faire avant). Seulement, j’utilise un déo fabriqué maison et sans l’HE de lavande son efficacité n’est plus aussi flagrante. J’ignorais totalement que cette HE pouvait contenir des perturbateurs endocriniens. Du coup je flippe un peu…. Aurais-tu par hasard une idée de par quoi la remplacer pour un déodorant ? Merci

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    • Bonsoir Anaïs. 🙂 Il faut noter que le risque important avec toute huile essentielle vient de la surdose ou de l’exposition prolongée. Généralement, dans un déodorant, on conseille l’huile essentielle de palmarosa. L’idéal serait de pouvoir vous passer d’huile essentielle dans votre déodorant, parce que c’est un produit du quotidien (exposition prolongée). Vous pouvez aussi vous faire plusieurs déodorants : l’un contenant une huile essentielle et l’autre sans, ce dernier vous servant à observer la fenêtre thérapeutique. Vous pouvez terminer votre déodorant à l’huile essentielle de lavande en ne l’utilisant qu’une fois par semaine, par exemple. 😉

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  3. Merci beaucoup de cette réponse. Mes premiers déos étaient réalisés avec l’HE de palmarosa mais quand j’ai lu qu’elle était abortive je l’ai remplacée par celle de lavande. Très bon conseil sur l’alternance des déodorants pour essayer de stopper les HE ou à tout le moins de les réduire. Je vais rententer de cette manière. En tous cas merci de votre blog qui est une mine de conseils. Je mettais des HE dans à peu près tout : mes shampoings maison (une base neutre personnalisée par la suite car le no poo m’assèche trop les cheveux), sur mon visage, mon déodorant, mon dentifrice… Je pense que j’avais tout faux et vais rectifier le tir.

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  4. Bonjour, l’huile de coco est-elle si mauvaise pour les peau grasses ?
    concernant le test porosité, si avant d’avoir tiré sur le cheveux ça accroche et après ça n’accroche plus, cela veut il dire qu’on a des cheveux peu poreux ?

    merci 🙂

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    • Bonjour Estelle.
      L’huile de coco est très comédogène, c’est-à-dire qu’elle favorise la formation de points noirs et de boutons. Il faut donc l’éviter sur les zones les plus sujettes à ces problèmes comme le visage et le dos ; il vaut mieux aussi l’éviter sur le cuir chevelu car c’est une peau sensible et l’étouffer peut provoquer (entre autres) une chute de cheveux…
      Je ne comprends pas votre deuxième question. Il n’est pas possible de faire le test de porosité à sec sans tirer (doucement) sur une mèche de cheveux. Une main tient et étire la mèche de cheveux ; avec le pouce et l’index de l’autre main, on pince sans forcer cette mèche et on remonte (des pointes vers les racines).

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